Opto Presse express :: OCTOBRE 2026

Opto-presse
Entête OP

Que dire de cette enrichissante journée en compagnie du Dr René Whittmer du Collège québécois des médecins de famille (CQMF) et du mouvement Choisir avec soins qui prône une réduction des examens et des traitements inutiles ou à faibles valeurs en santé, et ce, au même moment où nous travaillions à l'obtention d'un élargissement des soins que nous pouvons prodiguer.

Comprenons-nous bien, l’adoption du projet de loi 15 était non seulement souhaité, il était nécessaire pour permettre aux optométristes de jouer pleinement leur rôle en première ligne des soins oculovisuels. Toutefois,  les initiatives remettant en question la manière de prodiguer des soins et touchant d'autres professions, ne peuvent que nous faire réfléchir à notre pratique.

Plus, c'est mieux, non ?

Cette remise en question des méthodes établies et des façons de faire qui semblent immuables transcende les secteurs.

Vous connaissez Luc Sirois ? Il est l'innovateur en chef du Québec (oui, oui, ça existe!) 

M. Sirois est le chantre de la simplicité. Pour lui, le rôle d'un innovateur n'est pas de complexifier le monde, mais de trouver le chemin le plus court et le plus fluide pour répondre au besoin réel de son utilisateur.

Dans ses interventions publiques, il utilise la célèbre analogie marketing de la perceuse pour illustrer son crédo fondamental : innover, c'est souvent simplifier!

Doté d'un talent de conteur certain, il nous parle du gestionnaire qui a pour tâche de remplacer une perceuse qui a rendu l'âme et qui confie à son équipe le mandat de concevoir un nouvel outil. Cette équipe déploie talent et efforts pour concevoir la perceuse la plus performante, la plus technologique ou la plus sophistiquée qui soit.

Or, le vrai besoin n'était pas d'avoir une nouvelle perceuse plus performante, mais une façon de faire... un trou dans le mur. Le véritable objectif était d'obtenir ce trou de la manière la plus simple, rapide et économique possible. Toutefois, pour atteindre le bon objectif, il faut d'abord comprendre le vrai besoin.

Innover signifie parfois repenser la façon de faire pour retirer des étapes inutiles plutôt que d'ajouter de nouveaux outils.

Choisir avec soins

Simplifier, c'est en résumé le mandat de Choisir avec soin Québec qui met la pertinence des soins au cœur des priorités en santé en faisant la promotion de l’utilisation judicieuse des tests et des traitements.

Alors que les différents prestataires de soins de santé sont confrontés à une charge de travail croissante, la réduction des soins de faible valeur, des examens et des traitements inutiles, sont des moyens concrets d’alléger le fardeau et de se concentrer sur les besoins prioritaires des patients. En faire moins, c’est plus de temps pour ce qui compte vraiment.

Malgré que cette initiative vise principalement le domaine médical, la transposition à l'optométrie se fait aisément. D'ailleurs, une section du site internet de Choisir avec soindonne des recommandations pour les ophtalmologistes intitulés Les sept examens et traitements sur lesquels on devrait s’interroger. Celles-ci sont directement applicables en optométrie. 

Un outil, sous forme de calculatrice, a également été développé pour aider à estimer le temps consacré à des soins de faible valeur. La calculatrice de temps nécessaire pour traiter (TNT) estime le temps passé sur les soins de faible valeur selon notre pratique et nos habitudes. Elle encourage la réflexion sur nos décisions quotidiennes et favorise la prestation de soins plus efficaces basés sur des données probantes. 

Essayer par vous-même! Vous verrez que certains actes, multipliés sur une multitude de patients, consomment beaucoup de temps qui pourrait être utilisé pour voir plus de patients.

Depuis des dizaines d'années, notre profession évolue: élargissement du champ de pratique, nouvelles technologies, nouveaux traitements, nouvelles connaissances.

Bien que bénéfiques pour nos patients, toutes ces nouveautés s'ajoutent à notre pratique de base et complexifient notre travail, allongeant le temps alloué à chaque patient et diminuant d'autant celui susceptible d'en accueillir de nouveaux. Nous n'avons jamais offert de si bons soins... en quantité de plus en plus retreinte. Le mieux est l'ennemi du bien, dit l'adage.

Ce problème d'accès aux soins requis par la population n'est pas l'apanage de notre seule profession. Toutes les professions y font face et tentent de trouver les moyens d'y remédier.

Réduire les actes et les soins à faible valeur, simplifier, obtenir de l'aide d'assistants bien formés ou de collègues d'autres professions, adoption d'outils technologiques, etc. Les solutions existent, à nous de nous les approprier.

L'accès à des soins optométriques de qualité est à la base de la mission de protection du public de notre ordre professionnel. Plus largement, c'est aussi un enjeu important pour tous les acteurs de l'écosystème du secteur oculovisuel. 

L'Ordre ne peut à lui seul changer les pratiques. Il peut guider, permettre le changement, fournir les informations utiles et pertinentes à la prise de décision, mais ultimement, c'est au professionnel que revient de choisir sa pratique et à l'optimiser, chacun dans sa réalité.

Retour sur l'AGA 2026

Une année marquée par plusieurs avancées

L'Assemblée générale annuelle de l'Ordre s'est tenue le 3 octobre dernier. 

À cette occasion, le président, Dr Éric Poulin, optométriste, a présenté les principaux dossiers ayant marqué l'année 2025-2026 ainsi que plusieurs enjeux qui continueront de mobiliser l'Ordre. 

FAITS SAILLANTS DE LA DERNIÈRE ANNÉE

Projet de loi 15 : un jalon important! 

  • Évolution de l’optométrie vers une pleine autonomie clinique en première ligne des soins oculaires
  • Élimination des listes réglementaires de médicaments et soins autorisés
  • Une prise en charge plus efficace pour la population
  • En complément, le Guide d’exercice clinique a été actualisé et présenté lors d’un webinaire

Nouveau partage d’activités dans le secteur oculovisuel

Les travaux menés avec l'Ordre des opticiens d'ordonnances visent à établir un nouveau partage de certaines activités et tâches afin de mieux répondre aux besoins de la population dans un contexte de rareté de main-d'œuvre. 

Les orientations présentées lors de l'AGA concernent notamment un rôle accru des opticiens d'ordonnances relativement à certains ajustements réfractifs et aux lentilles cornéennes ainsi qu'une plus grande possibilité d'assistance en lunetterie par des assistants en optique certifiés. Il a également été rappelé qu'un ajustement réfractif ne constitue pas une réfraction complète et qu'il demeure soumis aux conditions prévues. 

Le déploiement de ces nouvelles orientations doit s'accompagner des lignes directrices, des formations et, lorsque requis, des adaptations réglementaires nécessaires. Une formation destinée aux assistants en optique certifiés fait notamment partie des mesures prévues pour accompagner ce changement. Cette formation sera disponible en 2027.

Rappelons par ailleurs que ces travaux poursuivent un objectif plus large : diminuer certains blocages actuels, répondre aux enjeux de main-d'œuvre et d'accès et permettre l'évolution des modèles de prestation de services oculovisuels.

Intelligence artificielle en optométrie : retour sur la formation présentée en marge de l’AGA

Scribes IA : un outil d'assistance qui ne remplace pas le jugement professionnel

À la suite de l'AGA, une formation donnée par le Dr Samuel Gareau-Lajoie, un médecin de famille qui s’intéresse de près à l’IA utilisée à des fins cliniques, portait sur les Enjeux éthiques et cliniques relatifs aux scribes IA a permis aux participants de mieux comprendre les possibilités, mais aussi les limites de ces outils. 

Un scribe IA peut utiliser la conversation clinique pour produire un brouillon de note. Celui-ci doit toutefois ensuite être révisé et corrigé avant son utilisation. 

À partir d'un cas clinique fictif, la formation a notamment illustré différentes erreurs possibles : inversion de la latéralité, omission d'une observation, ajout d'une affirmation non étayée ou modification d'un délai de suivi. Le fait qu'un texte paraisse cohérent ne garantit donc pas qu'il reflète fidèlement la rencontre clinique. 

Cette formation sera disponible en rediffusion dans le catalogue du CPRO.

Des obligations professionnelles qui demeurent pleinement applicables

Pour l’optométriste, l'utilisation d'un scribe ou de tout autre système d’intelligence artificielle (SIA) est conditionnelle au respect de diverses obligations prévues par la loi, dont celles qui ressortent de la Loi sur les renseignements de santé et de services sociaux et celles du Code de déontologie des optométristes. De façon non limitative, on peut noter les obligations et restrictions suivantes

Autres références utiles pour l’utilisation de l’IA dans la pratique optométrique

1. Fédération des autorités réglementaires optométriques du Canada, FORAC-FAROC Position Statement on the Use of Artificial Intelligence (AI) by Optometrists (2026)
2. Association canadienne de protection médicale :
- Intelligence artificielle (IA) et soins de santé : facteurs à considérer (2025)
- Transcription par intelligence artificielle (IA) : réponses aux questions fréquemment posées (2025)
3. Ministère de la Santé et des Services sociaux, Politique ministérielle d'encadrement de l’intelligence artificielle en santé et services sociaux (2026)
4. Marco Laverdière et Catherine Régis, Pratiques professionnelles, IA et santé – Prototype de code de déontologie (2023)

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